Burn out à l'Assemblée : entre déni et mépris

 

En février, une loi déposée par la France insoumise fait l'objet d'une motion de rejet. Le débat parlementaire a donné lieu à une intervention délirante. Même un mois et demi après les faits, ce discours scandaleusement stupide vaut un commentaire, tant il paraît être le reflet de la macronnerie             

"En France, nous avons des centaines de milliers de cas par an de troubles psychiques liés au travail.Tous les experts que l’on croise, à l’Inserm, à la Sécu et à l’Académie nationale de médecine, sont d’accord sur cette estimation. Ce n’est pas quelque chose de marginal. Mais on nage en plein paradoxe : d’un côté il y a une véritable reconnaissance médicale et de l’autre une absence complète de reconnaissance des pathologies psychiques dans le tableau des maladies professionnelles". C'est en raison de ce constat fait dans l'Humanité que François Ruffin, député de la France Insoumise, défend au nom de sa formation politique, une loi visant à reconnaître le "Burn Out" comme maladie professionnelle.

Dans une intervention aussi creuse que pédante,  Julien Borowczick, un député d'En Marche qui se prétend médecin, lui répond par un texte lu d'une voix monocorde en commençant et terminant par deux citations qui n'ont rien à voir avec le sujet. Il cible le sujet en alléguant que le Burn-out est un syndrome et pas une maladie. Wikipedia, au chapitre "syndrome", cite en premier exemple le "syndrome méningé" et nous explique que cet ensemble de signes révèle une atteinte méningée, soit méningite purulente, méningite tuberculeuse ou hémorragie méningée. Monsieur Borowczick, je vous le dis de confrère à confrère : si, en tant que médecin, vous refusez de prendre en considération la gravité de ces signes sous prétexte qu'il s'agit d'un syndrome, vous n'êtes rien d'autre qu'un charlatan !

C'est la première raison pour laquelle cette distinction entre syndrome et maladie est consternante de la part d'un médecin : dans l'interview qu'il donne à l'Humanité, François Ruffin cite l'exemple de la silicose, un ensemble de signes, donc un "syndrome" autrefois considéré comme du à la mauvaise hygiène des ouvriers et aujourd'hui reconnu comme maladie professionnelle. A la lumière de cet exemple, monsieur Borowczick, le mot "syndrome" ne servirait-t-il pas tout simplement à camoufler votre ignorance ?

Le "docteur" Borowczick complète son tissu d'inepties  lorsqu'il cite l'exemple des lombalgies, un syndrome, selon lui, "n'ayant jamais été reconnues comme maladie professionnelle". Mensonge ou ignorance ? Les affections chroniques du rachis, dont font partie les lombalgies provoquées par le port de lourdes charges ou des vibrations intenses, figurent bien au tableau des maladies professionnelles. Et elles sont souvent le signe avant-coureur de maladies invalidantes comme la sciatique aiguë. Et les troubles musculo-squelettiques - dont font partie les lombalgies - liés à la façon dont Lidl et Amazon traitent leurs employés, sont-ils aussi à classer dans les "syndromes" ? Ce serait faire litière de l'avis d'experts qui jugent que ces entreprises sont des "machines à fabriquer des chômeurs de longue durée". Mais, bien entendu, monsieur Borowczick, du haut de sa science infuse et de son insondable bêtise, connait les choses mieux que les experts dont parle François Ruffin, ces confrères qui travaillent en permanence sur ce sujet !

Le discours se fait moralisateur à la limite de l'insulte lorsque le bon docteur explique que le "Burn out" est la maladie des ratés de tout calibre. (Est-ce ce qu'il dit aux clients qui viennent le consulter pour Burn out ?) - catégorie dans laquelle, à mots à peine voilés, il classe les défenseurs du projet de loi. Il a bien assimilé, en bon membre de cette clique de carpettes qui constitue la majorité présidentielle, le discours macronien sur les "fainéants", les "alcooliques" et les "cyniques"!

Le député ajoute l'hypocrisie à la bêtise, lorsqu'il déclare sans rire : "le travail doit être valorisé par une société bienveillante comme nous y travaillons depuis six mois au sein de notre majorité". En mettant les salariés à la merci de leurs employeurs par la suppression des garanties prévues par le code du travail ? En cassant les CHSCT qui ont pour vocation de traiter les situations qui mettent en danger la vie ou la santé des salariés ? En démantelant la médecine du travail ? En limitant les moyens d'une inspection du travail chroniquement en sous-effectif ? Et ceci sans même qu'il y ait un débat à l"assemblée, puisque la majorité présidentielle a renoncé au pouvoir législatif que lui confère la constitution !

 

Pour en terminer avec ce discours aussi nul que grotesque, quelques plans sur la salle révèlent qu'elle est vide ! Eux, au moins, qui sont payés à ne rien foutre et surtout pas à réfléchir, ils ne risquent pas le Burn-out !

Pierre SASSIER, médecin

 

 

Mise hors jeu sur ordonnances ?

Le négociation a toujours été, par définition, objet de contraintes. Aujourd'hui, elle est mise en cause sur deux terrains essentiels. D'une part, le droit à l'information des instances et des négociateurs en général. D'autre part, les niveaux de négociation. Sans surprise, ces remises en causes s'épaulent l'une l'autre. L'information des instances représentatives du personnel - et par voie de conséquence celle des représentants syndicaux, conditionnent leur capacité à savoir de quoi elles parlent réellement et, donc, ce qui est en jeu dans la négociation. Tout une série de décisions visent à entraver cet accès à l'information. Dans le cas du Comité d'Entreprise et du CHSCT, cela a commencé par l'instauration des délais préfix, par la loi de sécurisation de l'emploi de 2013.

Le droit à être consulté est majeur en droit du travail ; or être consulté raisonnablement suppose d'être informé. Cette condition permettait de peser sur le rythme de la consultation, puisqu'on était en droit d'exiger d'être en possession de toutes les informations nécessaires avant de rendre un avis. Cela permettait également de négocier en étant éclairé sur la rélité même des enjeux. On touche là au principe de loyauté dans la négociation, principe majeur désormaisconsacré par le code civil. 
Ne pas donner d'avis sans avoir les informations nécessaires, c'était exiger une forme de respect des salariés et parfois, sans être une fin en soi, cela permettait indirectement aux syndicats de faire pression en jouant sur le temps. Avec les délais préfix, la position des employeurs est consacrée par la loi : l'absence d'avis est interprêté comme un avis négatif et de fait, un feu vert pour l'employeur. L'argument selon lequel cette mesure serait un feu vert pour l'employeur est évidemment spécieux. Le dialogue, c'est quand on prend le temps de discuter. 

Corrélativement, la question des moyens se pose avec force. L'asphyxie financière des instances ne date pas d'hier, elle n'a fait que s'accentuer depuis 2013. Mais, avec les ordonnances, on franchit un cap dans la perversion puisque l'on crée les conditions d'une division et d'une opposition au sein des IRP, voire de leurs partenaires. Car on risque de voir s'opposer ceux qui "font de l'économique" et ceux qui "font de l'hygiène et de la sécurité" et, dans la foulée, les experts avec qui ils travaillent et qui vont devoir se partager les budgets. Il y a là, pour les représentants du Personnel, un gros enjeu stratégique pour faire échec à ces menées de division et imposer un "travailler ensemble". Bref, l'atteinte aux moyens va très loin et la création du CSE, doté d'un budget contrairement au CHSCT, va permettre de lui faire prendre en charge les frais d'expertise, d'avocats...

La négociation loyale, mise en cause par ces attaques, est en outre biaisée par les modifications qui touchent le niveau de négociation. Le fait qu'on puisse négocier avec ou sans les délégués syndicaux, que l'employeur puisse être à l'initiative d'un référendum dont il rédige les termes, rien de tout cela ne relève de la négociation. Et là où les syndicats existent, les ordonnances ouvrent à l'employeur le choix du niveau de négociation, ce qui s'apparente à un jeu de bonneteau. La négociation se fera-t-elle au niveau de l'entreprise, de l'établissement, du groupe ? La réponse appartient à l'employeur qui va, naturellement, choisir en fonction de ce qui l'arrange. Le choix va donc privilégier le niveau où la résistance syndicale est espérée la plus favorable pour lui. Tout cela serait moins grave sans l'atteinte au principe de faveur. Ce principe garantissait qu'entre deux normes, on applique la plus favorable aux salariés. Son abandon permet une descente dans les profondeurs d'un moins disant social sans fin. 

Reste que, comme souvent avec le droit, les jeux ne sont pas faits. La justice reste un terrian d'affrontement marqué par les rapports de force qui le traversent, les droits fondamentaux devant permettre de garantir un équilibre que le législateur actuel a tendance à oublier.

Judith Krivine
Article tiré du périodique Options de l'UGICT


 

D'une turpitude à l'autre, Fillon poursuit son chemin électoral. Sa fille elle-même paufine son image peu flatteuse de radin invétéré en révélant  avoir versé à son père 30000 euro pour couvrir les frais de son mariage. Ce n'est pas illégal, mais cela est révélateur du personnage !
Puis vient la séquence "my tailor is rich" : dans le domaine du "bling-bling", Fillon a dépassé son maître Sarkozy, en se payant - ou plutôt en se faisant payer - des costumes sur mesure à 7000 euro la pièce, offert par un de ses "amis" avocat, Maître Robert Burgi qui, après avoir nié être l'auteur de ce "cadeau", a dû le reconnaitre devant l'afflux des preuves apportées par l'enquête; Cela lui vaut un réquisitoire supplétif pour trafic d'influence.
Le 14 mars dernier, Médiapart révèle les eaux troubles de la société 2F conseil, fondée par François Fillon quelques jours avant une élection où il se présentait (car, une fois élu, il n'aurait pas pu le faire) : il "conseille" d'abord la société d'assurance AXA pour un montant total d'honoraires de 200000 euro, dans le cadre de missions censées "ouvrir des portes à Berlin et à Bruxelles". En clair, du lobbying, qui évoque un conflit d'intérêts similaire à celui de Barroso, pour lequel la défense est "mais tout ceci était légal". Assurément,de quoi intéresser le déontologue de l'Assemblée Nationale. En grattant encore un peu plus, on tombe sur les "relations d'affaires" entre 2F conseil et la société FPI et son propriétaire, le milliardaire Fouad Makhzoumi, dont les "relations d'affaires" avec le ministre de la défense britannique ont conduit ce dernier en prison. Pour toute réponse, monsieur Fillon plaide la légalité, mais pas l'éthique : il y a deux proverbes étrangers qu'il devrait méditer, l'un anglais (Pour souper avec le diable, il faut une longue cuiller) et l'autre allemand (Qui se couche avec les chiens se réveille avec des puces)
Et la liste des casseroles s'allonge, car, cerise sur le gâteau, un complément d'enquête est maintenant requis sous les motifs escroquerie aggravée et faux et usage de faux : en effet, les enquêteurs ont récemment saisi à l'Assemblée Nationale un état des heures travaillées par Penelope et signées par celle-ci. Ces documents étant passés inaperçus lors d'une précédente perquisition, ils se demandent maintenant s'il ne s'agit pas tout simplement de fausses déclarations établies à postériori. Voilà le profil peu reluisant du candidat à qui les républicains espèrent voir accorder par les électeurs une immunité présidentielle de cinq ans !

Si ses démélés avec la justice sont moins spectaculaires que ceux de Fillon, ils n'en jètent  pas moins lourdement le discrédit sur le parti qui lave plus blanc que "l'UMPS": Marianne titre, dans son dernier numéro : "Comment le Clan le Pen se gave d'argent public". Ce sont trois affaires qui menacent immédiatement la campagne de Marine le Pen (MLP), la cantatrice du "tous pourris".
Le patrimoine sous-évalué des le Pen père et fille, visé par une enquête préliminaire ouverte au début de 2016 : il ne s'agit, pour l'instant, que d'une suspicion. Si cette évaluation mensongère devait être avérée, MLP serait passible de trois ans de prison et de 45000 euro d'amende. La peine encourue par son père serait encore plus sévère.
Le financement des campagnes électorales de 2011 à 2015 fait l'objet de trois enquêtes préliminaires différentes : 
Une enquête, ouverte en 2012, qui implique le micro-parti "Jeanne" de MLP et deux de ses dirigeants, qui ont été mis en examen. La présidente du Front National a, pour sa part été entendue comme témoin assistée, mais n'a pas été mise en examen, tenue, contre toute vraisemblance, dans l'ignorance du mécanisme présumé de financement aux détriments des deniers publics (décrit dans la figure ci-contre).
Les emplois fictifs d'attachés parlementaires : Ce n'est pas moins de 20 assistants parlementaires du FN qui sont dans le collimateur de l'OLAF (Office Européen de Lutte Antifraude) pour suspicion d'emplois fictifs au parlement européen : en fait, MLP, à laquelle il est demandé à titre individuel le remboursement des salaires versés à deux de ses "assistants" qui étaient en réalité employés par le Front National. Ce serait un total de 7,5 millions d'euro qui serait ainsi passé dans l'escarcelle du Front National. Ces faits font également l'objet d'une enquête judiciaire en France pour financement illégal de parti. Cette enquête pourrait aboutir à une mise en examen pour abus de confiance, recel d'abus de confiance, escroquerie en bande organisée, faux et usage de faux. Mais c'est presque tous les partis qui pourraient faire l'objet d'une telle procédure et pour les mêmes raisons.
MLP pourrait également se retrouver devant les tribunaux pour escroquerie à l'URSSAFF : Une accusation de travail dissimulé la vise également pour l'emploi au noir de son chauffeur, sur plainte de l'intéressé. Pour une candidate qui prétend réduire le déficit budgétaire en luttant contre la fraude, ça ne manque pas de sel !
Pour en finir avec cette longue liste de crapuleries qui montre bien que le FN n'est qu'un panier de crabes comme les autres, rappelons que l'immunité parlementaire de MLP a été levée. Non pas pour les faits qui ont été évoqués, malheureusement, mais pour un autre qui n'a rien à voir : la publication d'images violentes et, notamment, de la décapitation par DAECH d'un journaliste américain. Ce fait, qui instrumentalise honteusement la mort de ce journaliste, pourrait lui valoir trois ans de prison et 75000 euro d'amende. Et là, elle sera obligée de se rendre aux convocations de la justice, puisqu'elle n'est plus protégée.

Nous passerons sur une affaire "Fillon bis", celle de Bruno Leroux appointant ses filles mineures comme assistantes parlementaires. Lui, au moins, a eu le bon goût de démissionner, mais ne fait pas moins l'objet d'une instruction du Parquet Financier.

Car plus encore que les cas Cahuzac, Leroux, Dassault, Balkany, etc., ce qui apparaît comme un symptôme de la pourriture de cette république, c'est le fait que deux candidats à la présidentielle sur lesquels portent des suspicions aussi lourdes puissent remettre en cause l'institution judiciaire et prétendre à la magistrature suprême.

Et pourtant, si on veut enfin assainir les écuries d'Augias et moraliser la vie politique, quatre mesures pourraient être gravées dans le marbre de la constitution, même si elles ne sont pas toutes simples à mettre en oeuvre.
- Abolir les immunités des élus - y compris le Président de la République - pour tout fait relevant du droit commun. Il ne s'agit pas là, comme le prétend Fillon, d'une entorse à la séparation des pouvoir. C'est la situation actuelle qui en est une, en permettant aux élus de narguer la justice. Si cette mesure avait été mise en oeuvre, Chirac n'aurait pas pu narguer la justice pendant cinq ans et Sarkozy aurait été mis en examen plus tôt.
- Instituer une mesure "d'inégibilité préventive", qui interdirait à tout citoyen mis en examen de se présenter à une élection, quelle qu'elle soit, jusqu'au moment où la justice aurait rendu une ordonnance de non-lieu.
- Que toute peine d'inégibilité prononcée par un tribunal pour des faits liés à l'exercice d'un mandat le soit à vie :  un élu condamné pour des faits liés à l'abus de sa position ne mérite plus qu'on lui fasse confiance. S'il en avait été ainsi dans le passé, on ne compte pas le nombre d'hommes politiques qui auraient été hors course. Aujourd'hui, Juppé n'aurait pas pu se présenter aux primaires et les Balkany et Dassault ne pourraient plus se présenter à une élection.
- Institutionnaliser l'obligation d'un casier judiciaire vierge pour pouvoir se présenter à une élection.

Ces mesures ne pourront être adoptées que si une VIeme république vient à remplacer cette Veme monarchique et à bout de souffle. Un seul candidat le propose. A chaque électeur d'en tirer les conséquences.