Mai 68 : chacun sa vérité, chacun son message

Sarkozy, dans un discours alors qu'il était candidat, voulait en finir avec l'héritage de Mai 1968, qu'il accusait de "relativisme intellectuel et moral qui avait introduit le cynisme dans la société et dans la politique". Il est vrai qu'en ma matière nous avons affaire à un expert ! Un expert qui, probablement en se regardant dans un miroir, ose même accuser le mouvement "d'avoir abaissé le niveau moral de la politique". La batterie de casseroles que je traîne, c'est la faute à mai 68 !

Les temps changent en même temps que les hommes : la nouvelle, tombée dans le journal télévisé, est confirmée par la presse : Macron, qui, il y a peu, déclarait à la télévision américaine que "la démocratie, ce n'est pas la rue", réfléchit, nous dit-on, à célébrer le cinquantenaire de mai 1968, "ce grand mouvement qui a participé à moderniser la France". Car c'est aussi l'année du printemps de Prague, de grandes manifestations aux Etats-Unis, de grands mouvements étudiants dans toute l'Europe. Comment, lui qui entend ne pas laisser les manifestations dicter sa politique au gouvernement, il veut commémorer tous les mouvements de rue de 1968 ? Il est vrai que ce genre de contradiction n'effraye ni les jean-foutre, ni les politiques sortis de cette immense machine à fabriquer des abrutis qui s'appelle l'ENA. Alors, quand on est les deux à la fois...

Sans en être conscient, Macron renforce le message, déjà contenu en filigrane dans les dérogations à la loi travail XXL obtenues par deux corporations dotées d'un pouvoir de nuisance qui fait peur au Gouvernement, les routiers et les dockers :  on n'écoute ce que vous avez à dire que si - pour reprendre une expression de notre très distingué président - vous êtes capable de "foutre le bordel". Si vous ne pouvez pas bloquer les aéroports ou les routes, si vous n'êtes pas capables d'organiser une pénurie de carburant, si vous ne pouvez pas mettre les ports à l'arrêt, alors vous faites partie de "ceux qui ne sont rien" et on ne vous écoute même pas.  Mai 68 fut un "bordel XXL" qui a débouché sur les accords de Matignon, CQFD. 

Le signal est clair : pour faire abroger les lois scélérates contre les salariés, les manifestations qui se succèdent ne suffiront pas. Mais il y a ceux qui se battent et ceux - en plus grand nombre, hélas - qui attendent passivement. Aux seconds, on peut rappeler cette phrase de Bertolt Brecht : "qui se bat peut perdre, qui ne se bat pas a déjà perdu". La majorité des français se dit contre les lois passées par ordonnance, mais combien sont-ils à se mobiliser ?

Le jour où les travailleurs auront perdu les droits conquis de haute lutte par le mouvement ouvrier des années 30, soutenu par la CGT, ceux qui sont restés les bras croisés ne viendront pas reprocher à ses militants leurs difficultés à mobiliser, qui sont réelles, malgré une information qui -tant venant des syndicats que des média - ne manque pas sur la nuisance de ces nouvelles loi travail. Mais le potentiel de mobilisation se trouve avant tout en chacun de nous. Et tous ceux qui, par manque de courage, ignorance ou indifférence, auront laissé faire lors de l'approbation et de l'application des nouvelles lois promulguées en faveur du patronat et des actionnaires, ne seront plus habilités à se plaindre lorsqu-ils constateront qu'ils ne sont guère mieux traités que des esclaves.


Le FNI se "pikettise, pas les gouvernements

Les génies du FNI viennent de faire une découverte : cette brillante institution, pourtant peu suspecte de dérive gauchiste, proclame aujourd'hui que les inégalités nuisent à la croissance. C'est pourtant un constat que, dès les années 1920, faisait à sa façon Henri Ford, lorsqu'il distribuait du pouvoir d'achat à ses ouvriers pour leur permettre d'acheter ses voitures. C'est aussi ce que répète depuis des années l'économiste Thomas Piketty, l'auteur d'un important ouvrage sur les inégalités dans l'histoire. Mais les économistes, qui "conseillent" les gouvernements en leur disant ce qu'ils ont envie d'entendre, en sont encore restés à la théorie selon laquelle la richesse de quelques-uns profitent à tous (théorie du ruissellement, que le FMI conteste aujourd'hui) et à la  mythologie de la main invisible qui guide les marchés.

 

Donc, après avoir accablé de nombreux pays des exigences exorbitantes qui conditionnaient les prêts, le FMI assouplit enfin sa doctrine : en Europe, il plaide maintenant pour une remise partielle de sa dette à la Grèce, car les mesures d'austérité, imposées au pays par la Troïka,  n'ont eu aucun effet sur la dette calculée en pourcentage du PIB malgré une diminution de celle-ci en valeur absolue. Cela signifie bien que l'austérité a tué l'économie grecque sans avoir aucun effet sur la dette. Ce constat amène à conclure que le pays fait face à une dette insoutenable, qu'elle ne remboursera jamais. Mais jamais le gouvernement allemand - dont il n'est un secret pour personne que c'est lui qui dicte sa politique à l'Europe - n'a jamais été aussi peu disposé à entendre le message : avec les libéraux opposés à toute concession qui entrent au gouvernement et une chancelière qui n'a pas plus de vision d'avenir qu'une huître, l'Europe n'est pas prête de renoncer à sa politique austéritaire et au creusement des inégalités qui l'accompagne.

Le FMI se prononce aussi sur la fiscalité en préconisant une redistribution fiscale au travers d'une augmentation des impôts pour les contribuables les plus riches : ses économistes rappellent que les taux d'imposition des années 50, beaucoup plus élevés qu'aujourd'hui, coexistaient avec une croissance deux fois plus élevée. Mais, partout dans le monde, les gouvernants font exactement l'inverse : l'abaissement des taux d'imposition aux États-Unis ne va profiter, selon les analyses du Parti Démocrate, qu'aux 1% les plus riches. La Grande-Bretagne, en proie aux effets négatifs du Brexit, veut abaisser la fiscalité des entreprises pour tenter de les retenir. En France, c'est déjà fait par le biais de remises fiscales (le CICE et le Crédit Impôt Recherche) censées relancer les investissements et l'emploi, mais que Pierre Gattaz annonçait depuis le début affecter à la poche des actionnaires. En Allemagne, les piliers de la "vertu" économique et fiscale se fondent sur une usine à générer la pauvreté au travail et  sur une carence des d'investissements publics.

Et la fiscalité selon Macron n'est pas en reste : la réforme de l'ISF pour les plus fortunés vide cet impôt de son sens (dans ISF, il y a S pour solidarité) et signifie une discrimination en faveur des placements financiers et aux dépens des patrimoines immobiliers. Si on ajoute le plafonnement à 30% des revenus du capital (alors que le taux marginal d'imposition sur les revenus du travail est de 45%) c'est cinq milliards de cadeaux pour les riches, soit, pour prendre la mesure de ce que cela signifie, 40% du budget de l'enseignement supérieur. Le cadeau est donc loin d'être négligeable et signifie que des coupes sombres sont à prévoir dans les services publics.

Ces cadeaux fiscaux n'ont aucune cohérence avec la politique économique et fiscale : ils sont censés retenir les investissements chez nous et en faire venir d'autres, mais dans le même temps, la vente à la découpe de nos industries est organisée. De plus, l'existence de paradis fiscaux contre lesquels aucune mesure crédible n'a jamais été prise ni au niveau des états, ni à celui de l'Europe rend parfaitement vaine toute velléité de retenir l'argent. Enfin, le but recherché est tout sauf crédible tant que le "verrou de Bercy"- cette pratique du Ministère des Finances contraire au principe d'indépendance de la justice, selon laquelle l’État se réserve le droit de décider des poursuites à engager contre les délinquants fiscaux - n'aura pas sauté. 

 

La démonstration est donc sans appel : Macron est bien le président des véritables "fainéants"- ceux qui s'enrichissent en dormant, ceux qui ne savent rien faire d'autre de leurs dix doigts que boursicoter - et des véritables "cyniques" - ceux qui ne craignent pas de fragiliser les entreprises pour encore gagner davantage. Il nous ramène, de privilège en privilège accordé aux riches, à une fiscalité digne de l'ancien régime.

 

Dans une chronique du Monde, Thomas Piketty dénonce la réforme de l'ISF comme une "faute à la fois morale, économique et historique", montrant "une profonde incompréhension des défis inégalitaires posés par la mondialisation". Il qualifie de "totalement fausse" l'idée reçue selon laquelle l'ISF aboutit à une hémorragie fiscale, avec quelques données provenant des déclarations de patrimoine et des enquêtes sur le patrimoine "à examiner sereinement et objectivement" : le patrimoine  les 1% les plus fortunés, dont le patrimoine est essentiellement d'actifs financiers, a été multiplié par trois, alors que le patrimoine moyen par adulte, comprenant l'immobilier, a été multiplié par deux. Pour les 0,1% les plus riches, c'est une multiplication par cinq dans la même période. Si l'hémorragie fiscale était réellement du à l'ISF, la part des actifs immobiliers, qui ne sont pas mobiles, aurait du progresser plus vite que celle des patrimoines financiers. Or c'est l'inverse qui se produit. Il est donc vain de rendre l'ISF responsable des déboires fiscaux du pays et l'analyse de notre brillant président énarque ne vise sans doute qu'à éviter d'avoir à prendre des mesures contre la véritable cause du déficit fiscal, qui s'appelle "Panama Papers" ou "Leaklux". D'ailleurs, l'auteur ajoute que par rapport à des patrimoines financiers qui connaissent une telle croissance, un taux supérieur de l'ISF de 1,5% à 2% est négligeable et ne menace pas vraiment ceux-ci.
Il termine en revenant sur la discrimination aux dépens de la fortune immobilière qu'il qualifie "de stratagème politique" devant lequel "on reste sans voix". Il n'existe aucune raison logique d'imposer davantage une personne investissant sa fortune dans une maison ou un immeuble plutôt que dans un portefeuille financier, un yacht ou tout autre bien immobilier".

En réponse à l'article de Thomas Piketty, les Echos apportent la contradiction sous le titre : "Non, monsieur Piketty, la suppression de l'ISF n'es pas une faute historique". Ce que l'auteur veut faire passer pour une démonstration - à base de sophismes, d’approximations, de contradictions  et d'inexactitudes - est tout ce qu'on veut,sauf convaincant. Les réponses à différents points discutables de l'article sont apportés par un décodeur du Monde.
- L'auteur - un professeur de management dans une école supérieure de Grenoble - semble très mal renseigné : il  commence par reconnaître que "la pression fiscale pesant sur les classes moyennes supérieures est telle qu'on arrive à la limite du consentement à l'impôt". Mais considère-t-il que les 1% les plus riches qui profiteront de la transformation de l'ISF en font vraiment partie ?
-  "La France est le dernier pays occidental à taxer le capital". Cela est faux : le décodeur du Monde dont le lien apparaît plus haut nous apprend que la Norvège et les cantons suisses ont toujours un impôt sur la fortune. Mais surtout, l'ISF n'est qu'un moyen parmi d'autres de taxer le capital et une comparaison valable nécessiterait de passer en revue l'ensemble de la fiscalité des pays. Par exemple, le Royaume-Uni taxe fortement les successions et les revenus du capital. "En pourcentage du total de la fiscalité, nous apprend le Monde, la taxation de la richesse en France se situe dans la moyenne".
- La réforme de l'impôt sur la fortune vise à "prévenir l'exil fiscal", qui a effectivement augmenté vers la Suisse et vers la Belgique en 2011 et 2012.  On peut compléter cette information par un rapport du syndicat des impôts publié en 2010, selon lequel s'il est vrai que le nombre de départs fiscaux a triplé en 10 ans, le nombre des assujettis a quintuplé. Ne pas tenir compte de cette donnée relève de la malhonnêteté intellectuelle.
Ceux qui parlent  d'une fiscalité jugée "confiscatoire" pour les plus riches occultent la réalité, qui est toute autre : l'impôt sur le revenu a été établi à l'origine avec un barème progressif pour favoriser la redistribution des richesses. Médiapart nous apprend qu'il a été spécifiquement aménagé pour les plus riches, de façon à devenir effectivement dégressif pour les revenus de plus de 900000 euro annuels, jusqu'à atteindre le taux de 21% pour les revenus supérieurs à 9 millions d'euro . Un ménage dont les revenus sont de 78000 euro est imposé au taux de 13,5%. La disparition de l'ISF va donc considérablement creuser les inégalités. 
- L'ISF serait un impôt "double peine" : les détenteurs de capitaux auraient déjà été imposés soit au titre de l'impôt sur le revenu s'il s'agit d'économies, soit au titre des droits de succession s'il s'agit d'un héritage. Cet argument révèle mieux que tout autre le caractère discriminatoire de la mesure, car l'ISF prélevé sur le seul capital immobilier n'est pas moins "double peine" que celui sur les placements financiers. Et il deviendra même "triple peine" pour les investisseurs immobiliers le jour où, étranglées par la suppression de la taxe d'habitation et la baisse des dotations, les communes équilibreront leur budget aux dépens des propriétaires, en augmentant la taxe foncière. Il est donc parfaitement fallacieux d'en faire une raison de taxer le seul capital immobilier.
- La taxation de l'immobilier orientera l'épargne vers les seuls investissements considérés comme "productifs", en direction des    entreprises. Mais, parmi ces entreprises, le secteur du bâtiment en compte à lui seul 450000, dans lesquelles les français ne seront pas tentés d'investir puisque la nouvelle loi leur promet une baisse de leur activité. Si on ajoute que la politique du logement annoncée par le même gouvernement entend encourager l'investissement dans la construction, on voit là toute l'absurdité de cette politique de Gribouille. Et la réforme de Macron n'est rien moins qu'un "arbitrage courageux", comme le prétend la réponse à Thomas Piketty, mais dénote surtout une préoccupation : ne pas passer dans l'opinion pour celui qui a détruit l'impôt sur la fortune. Non seulement c'est une manœuvre bassement politicarde, mais c'est aussi prendre les français pour des imbéciles.
- La réforme favoriserait les PME, dont les actionnaires ne seraient plus obligés de demander des dividendes trop élevés pour pouvoir payer leur ISF. L'auteur semble ignorer qu'il existe des dispositifs en faveur de l'investissement dans ces petites entreprises, sous la forme d'une défiscalisation de 50% de cet investissement. La suppression de l'ISF privera les PME de cette possibilité de financement.

Nous conclurons en soulignant accessoirement que les zélateurs de cette politique en faveur des citoyens les plus fortunés ignorent complètement les tensions sociales engendrées par des inégalités excessives. Ce serait, s'il n'en était qu'une seule, la raison de dénoncer les réformes Macron. Mais Jupiter, du haut de son Olympe, n'a rien à faire d'une cohésion sociale qui est la dernière de ses préoccupations.




LIDL : des vies sacrifiées sur l'autel de la productivité

"Vous qui entrez, perdez toute espérance". Cette phrase qui, selon Dante, est inscrite en façade de son enfer, pourrait tout aussi bien être inscrite au dessus des portes de service du magasin discount LIDL. Car c'est bien un enfer que décrit la récente enquête de Cash Investigation.

Il s'agit d'une enseigne d'alimentation discount (1500 magasins en France) qui doit son succès à une offre à prix défiant toute concurrence. Mais, comme ces prix réduits ne se génèrent pas par l'opération du Saint-Esprit, il faut en chercher la cause dans les économies drastiques sur le coût de fonctionnement. La première chose qu'en tant que client, vous constaterez, c'est qu'après avoir rempli votre panier, sur la dizaine de caisses du magasin, une seule est ouverte et que, devant elle, se forme une queue importante. Et si vous êtes pressé, inutile de se défouler sur les caissières : demandez-vous plutôt quelles sont les conditions qui permettent des prix aussi bas. La première évidence, c'est la compression du personnel, qui subit la situation autant que vous : LIDL, qui prétend n'avoir que des salariés en CDI, est en réalité un champion de la précarité : sur les 30000 salariés employés par l'enseigne, 69% sont en temps partiel. 

Le magazine "Cash Investigation" d'Elise Lucet s'est intéressé à cette enseigne discount : la première chose qu'elle découvre, c'est la "polyvalence" des employés : une caissière n'est pas seulement caissière, elle nettoie aussi le sol du magasin et range dans les rayons les produits sortis du stock par les magasiniers. 

Mais, si ce n'était que cela, les méthodes de management de LIDL ne seraient guère différentes de celles d'autres entreprises : ce qui en fait un "champion" dans son genre, c'est une obsession de la productivité qui fait très fortement penser au film de Charlie Chaplin "les temps modernes". Les caissières sont chronométrées et doivent enregistrer au moins 30 articles par minute. Elles doivent travailler debout et n'ont pas droit à leur temps de pause pour ne pas dégrader la cadence.

Si on vous laisse pousser la porte qui sépare le magasin des entrepôts, vous y découvrirez cette face cachée de l'entreprise que les dirigeants font tout pour occulter : si vous écoutez les dirigeants  parler aux journalistes qui viennent les interviewer, l'enseigne est un paradis sur terre pour les employés qui y travaillent : pour les magasiniers, il n'y a pas de cadence imposée et chacun travaille à son rythme. Une simple rencontre avec ces derniers suffit à dissiper l'enfumage : il y a bien une cadence imposée et le préparateur de commande qui fait moins de 250 colis à l'heure se fait vertement rappeler à l'ordre.

Mais qu'on se rassure : l'entreprise fournit à ses salariés les moyens de cette sacro-sainte productivité : chaque préparateur de commande est pourvu d'un casque qu'il garde sur la tête pendant toute la durée de son travail. Le casque est relié à un système de commande vocale, qui lui dit devant quel rayon il doit aller et ce qu'il doit en retirer. Il ne peut répondre que par les quelques mots que la machine comprend pour informer le système qu'il a bien exécuté l'ordre. Le préparateur prononce ainsi le mot "OK' 3500 fois pendant une journée. Et s'il prononce un mot qui ne fait pas partie du vocabulaire restreint du système de guidage, celui-ci se met en rideau et la sacro-sainte productivité s'effondre. Cela exclut évidemment toute conversation avec les collègues. 

Mais ce n'est pas tout : à côté de ce système déshumanisant, il y a les impacts de ces cadences sur la santé : les enregistrements effectués pour l'émission par un préparateur volontaire démontrent qu'au cours du travail, le nombre de battements par minute excède de 50 battements par minute le rythme de base, alors que les experts consultés par Elise Lucet s'accordent pour dire qu'au dessus d'une augmentation de 30, il y a un risque pour la santé. De plus, à la suite d'un long calcul, l'équipe d'Elise Lucet a déterminé la charge quotidienne que portent les préparateurs de commandes : elle est de plus de 8 tonnes en 8 heures, soit le poids de 6 voitures de taille moyenne. Cela entraine un taux d'usure très rapide et très important, qui se traduit au bout de quelques années par l'apparition de troubles musculo-squelettiques très handicapants (lumbago, tendinites, arthrose...) et conduisant rapidement à une inaptitude déclarée par le médecin du travail.

La loi oblige alors l'entreprise à rechercher des possibilités de reclassement, ce qu'elle fait en proposant au salarié inapte une mutation dans un autre bassin d'emploi - quelquefois à plusieurs centaines de kilomètres de chez lui - en sachant pertinemment que dans la plupart des cas, l'offre sera refusée et qu'elle aura les coudées franches pour le licencier. De fait, sur 2300 salariés licenciés pour inaptitude, 22 seulement - même pas 1% - ont été reclassées. Dans les rares cas où le salarié accepte la mutation, le poste, par un malheureux "hasard", a entretemps été pourvu. Lidl se révèle ainsi être une machine à fabriquer des chômeurs de longue durée, car ce travail, organisé contre toutes les règles d'hygiène et de sécurité, laisse des employés lourdement handicapés et très souvent incapables de se reclasser sur le marché du travail. Sans parler du taux d'accidents du travail, trois fois plus élevé que la moyenne du secteur. 

Le quotidien des salariés de l'entreprise se trouve être une surcharge de travail permanente et organisée, obligeant des employés sous-payés à travailler bien au delà du temps de travail porté sur leur contrat, sur fond de menaces, d'humiliations permanentes, de harcèlement. On voit ainsi des salariés à temps partiel accomplir l'équivalent d'un temps plein, sans paiement d'heures supplémentaires, pour le salaire de 900 euro par mois prévu par leur contrat de travail. Ce qu'un cadre dirigeant  assume en déclarant : "en tant que responsable, on a le droit de vie et de mort sur nos salariés"... Rien que ça !

Au fil de l'enquête de Cash Investigation, Lidl se révèle donc être non seulement une entreprise hors-la-loi, mais être surtout une redoutable machine à fabriquer des chômeurs. Reçue par Elise Lucet à la suite de cette émission, madame Pénicaud, dans un grand simulacre d''indignation vertueuse, désapprouve ces méthodes et parle d'une gestion du personnel "court-termiste". Soit elle n'a rien compris, soit elle mérite la palme d'or de l'hypocrisie. Car il est évident que le long-terme n'entre pas dans les préoccupations d'une entreprise qui a inventé le concept du salarié Cleenex hyperjetable, qu'elle peut licencier et remplacer facilement à chaque fois que c'est nécessaire. De plus, la nouvelle ministre du travail ferait bien de réaliser que les réformes entreprises par Hollande, puis par Macron, ne sont pas de nature à empêcher de tels abus criminels : l'affaiblissement constant du corps des inspecteurs du travail ne leur permet plus de mener des enquêtes approfondies sur les conditions de travail dans les entreprises et la destruction de l'institution chargée de veiller sur la sécurité au travail dans l'entreprise - à savoir le CHSCT - favorisent de telles pratiques. 

Les réactions à l'émission d'Elise Lucet ne se font pas attendre : le mérite de ce reportage est d'avoir fait prendre conscience aux salariés qu'ils sont victimes d'un système organisé, ce qui s'est immédiatement traduit par un mouvement de grève dans une enseigne du Midi. Un député a demandé à la Ministre du Travail de diligenter une enquête sur les pratiques de l'entreprise. Mais il est nécessaire d'aller plus loin, car ce genre de pratique ne peut pas être toléré : les victimes de LIDL pourraient déclencher une action judidiaire de groupe pour obtenir réparation, si un avocat veut bien s'emparer de la cause et organiser la procédure. Et, à titre personnel, sachant ce que je sais maintenant, je n'irai plus jamais rien acheter chez LIDL.

 

La "logique" délétère de la loi travail XXL

Le renard introduit dans le poulailler par un président bas-de-gamme qui se prétendait socialiste n'en finit pas de faire des ravages avec le projet de loi travail XXL. Mais, de tout ce qui se trame actuellement, on a du mal à comprendre la logique ... A moins qu'il ne s'agisse d'une gigantesque arnaque pour faire croire aux français qu'on va enfin s'occuper de l'emploi et de la pauvreté.

Parlons d'abord les syndicats  : Edouard Philippe proclame à tout vent que les organisations syndicales et patronales qui ont participé aux discussions "ont été traitées sur le même pied d'égalité". Le Canard Enchaîné du 6 Septembre révèle à quel point cette affirmation est une imposture, en faisant état de rencontres secrètes Macron-Mailly, puis Pénicaud-Macron-Mailly. Les interlocuteurs syndicaux craignaient-ils à ce point la réaction de leurs syndiqués qu'ils n'en aient soufflé mot à leurs états majors - en toute transparence, bien entendu ! Les interlocuteurs gouvernementaux, de leur côté, s'inquiétaient du pouvoir de nuisance des empêcheurs de réformer en rond - comprenons France Insoumise et CGT - et entendaient s'assurer que les secrétaires des syndicats jaunes tenaient bien leurs troupes. Ce qui, au vu des informations que nous possédons sur la participation des fédérations de Force Ouvrière à la manifestation du 12 Septembre, semble bien raté, au moins du côté de Mailly, qui a réussi à susciter la désapprobation dans ses propres troupes.


La "logique" des syndicats réformistes

Du côté de ces syndicats, la logique de leur position est incompréhensible. Il y avait, aux dires de leurs leaders, des "lignes rouges" à ne pas franchir. Quand on pense que le contrat de travail ne pourra plus être opposable à un accord d'entreprise, même si celui-ci prévoit la baisse des salaires au dessous du minimum conventionnel, que ces accords d'entreprises pourront être négociés par des salariés n'ayant pas reçu l'investiture des syndicats et même, dans certains cas, désignés par le patron, que les procédures de licenciement seront simplifiées au point que le taulier ne sera même plus obligé d'en indiquer le motif, lui laissant toute latitude pour en concocter un en cas de procédure prud'homale, que des entreprises étrangères qui se portent bien pourront organiser le déficit de leurs filiales françaises pour justifier des plans de licenciement, etc., on se demande vraiment où sont ces lignes rouges ! Et encore, les points énumérés ici ne sont que des "arbres" dans une immense "forêt" de mesures défavorables, comme le montrent les quatre pages du décryptage proposé par l'Union Départementale de Seine-Saint-Denis et le lecteur pourra constater que les points énumérés ici ne sont que quelques gouttes dans un océan de forfaiture.

L'incompréhension est très bien formulée par l'un de ses opposants : "on ne comprend pas pourquoi il faut dire oui aux ordonnances Macron qui sont pires que la loi El-Khomri contre laquelle nous avons manifesté". Mailly, qui naguère qualifiait "d'apprentis sorciers" les promulgateurs de la loi travail, dit maintenant que la concertation est "dans l'ADN de Force Ouvrière". S'agit-il, entre l'opposition à la loi travail et l'approbation des ordonnances, d'une mutation génétique de ce syndicat ou est-ce tout simplement son secrétaire général qui a viré sa cuti ? Ou bien, plus simplement, rêve-t-il de supplanter la CFDT dans son rôle d'interlocuteur privilégié du Président. Ou bien encore il rêve d'un "pantouflage" avantageux lorsque, dans un an, il ne sera plus secrétaire de Force Ouvrière. Ce qui est lamentable, c'est que l'avenir de la protection sociale et des salariés qui en dépendent sont suspendus à ces minables jeux d'intérêts et de pouvoir !

Côté Laurent Berger, il faudrait lui rappeler ce proverbe anglais qui dit que "pour souper avec le diable, il faut une longue cuiller"; Cela fait maintenant des années que la CFDT vit sous le régime de la pensée unique et pratique une véritable chasse aux sorcières contre ceux de ses syndiqués qui refusent ses accointances avec le patronat et le pouvoir.  Aujourd'hui, il  tentait d'obtenir sans succès un renforcement de la présence des syndicats dans les conseils d'administration après avoir largement contribué à l'introduction du renard dans le poulailler. Mais il n'a pas encore compris que le sort des traitres, c'est d'être éliminés quand on n'en a plus besoin ! Maintenant, nous dit le Canard Enchaîné, il constate l’inanité de sa politique de bisounours : "ils ont loupé l'occasion de faire le choix de la démocratie. Ils ont préféré les vieilles recettes". Mais ce sont ces mêmes "vieilles recettes" que monsieur Berger défendait l'année dernière.

 

La "logique" du Gouvernement

La logique des réformes - ou aussi leur finalité - n'est pas plus évidente du côté gouvernement : s'agit-il réellement de relancer l'économie et de créer des emplois ? Le patronat étant dorénavant quai-libres de licencier comme ils veulent, on a du mal à comprendre comment les changements que vont générer les nouvelles lois vont créer des emplois stables. A moins que pour eux, tous les emplois se valent, CDI et différents types de contrats temporaires ou précaires, emplois qualifiés ou non, emplois décemment rémunérés ou sous-payés. Sous le couvert de sauvegarder l'emploi, c'est en réalité à une véritable politique de destruction que se livre le Gouvernement et cette politique témoigne d'un choix de société en faveur des plus riches et au détriment de tous ceux qui n'ont pas fait l'ENA et que Mmacron se croit autorisé à mépriser, et ils sont nombreux.

Puisque nos gouvernants aiment tant se référer à des modèles étrangers et en particulier l'Allemagne, dont la "réussite" est souvent citée en exemple, examinons ici ce qui se passe dans ce pays : Alternatives économiques nous apprend qu'en 2009, l'Allemagne a connu une récession beaucoup plus importante que la nôtre : contrairement à une idée reçue, le marché du travail est beaucoup moins flexible en Allemagne qu'en France et il est, juridiquement, beaucoup plus difficile de licencier. Cela n'a pas empêché l'Allemagne d'avoir, après 2008, une "convalescence" beaucoup plus vigoureuse que la nôtre et une montée de l'emploi qui a suivi celle du chômage, alors qu'en France, l'emploi décrochait par rapport à la montée du chômage. Ces données apparaissent dans les graphiques de l'article cité ci-dessus (source : Union Européenne). Dans leur souci de copier le modèle allemand, les économistes qui conseillent nos gouvernants sont strictement incapables d'analyser correctement les données pourtant accessibles à tous : un des éléments qui explique la reprise allemande est la façon de traiter les difficultés économiques des entreprises. Dans les propositions de lutte contre le chômage présentées par Nouvelle Donne, il était mentionné qu'en Allemagne - comme d'ailleurs au Canada - les entreprises qui connaissaient des difficultés avaient la possibilité de mettre au chômage partiel - et non de licencier - les salariés, le manque-à-gagner que subissaient ces derniers étant compensé par l'assurance chômage. C'est une façon beaucoup plus judicieuse d'utiliser les fonds dédiés à la compensation du chômage, car elle permet aux entreprises de garder leur savoir-faire à disposition plutôt que de s'en séparer de façon irréversible. C'est cela la véritable flexibilité à mettre en place plutôt que des mesures qui encouragent les entreprises à licencier.

Comme une des caractéristiques des hommes politiques, c'est une incapacité pathologique à se remettre en cause, ils nous imposeront d'autres réformes quand le Patronat leur susurrera à l'oreille que celles-ci ne sont pas suffisantes. Ces autres réformes seront suivies d'autres manifestations, toutes aussi inopérantes que celles de l'année dernière. C'est donc maintenant qu'il faut les arrêter. Une participation massive à la manifestation organisée le 12 par la CGT constitue une première réponse nécessaire, mais non suffisante : nous sommes dans la situation de la lutte contre le CPE, où la loi était passée malgré l'opposition syndicale et parce que les syndicats de salariés et d'étudiants avait bloqué le pays. La déclaration des droits de l'homme nous parle du devoir d'insurrection des peuples lorsque les libertés sont menacées. Nous sommes dans cette situation et si nous n'exerçons pas ce devoir, nous ne devrons nous en prendre qu'à nous mêmes.

 

L'idée la plus bête du monde

Marianne, 28 Juillet 2017 - Un éditorial de Jack Dion

Nul ne sait ce qu'il adviendra in fine de la loi TravailPour en savoir plus, il faudra attendre le contenu des ordonnances, vu que le gouvernement a décidé de recourir à une pratique certes respectueuse du texte constitutionnel mais guère conforme à l'esprit de la démocratie. En revanche, le discours entendu ici et là pour justifier de passer les règles sociales au rabot laisse rêveur, tant il véhicule des idées qui feraient sursauter un enfant de 7 ans ayant conservé l'intégralité de son cerveau

La plus étonnante d'entre elles consiste à prétendre qu'il faut faciliter les licenciements pour relancer les embauches. C'est un peu comme si on disait qu'il faut faciliter les noyades pour former des maîtres nageurs, encourager les incendies de forêt pour former les pompiers, tolérer des accidents de la route pour apprendre à conduire, ou encore encourager les guerres pour obtenir la paix.

Ce discours revient pourtant en boucle sur les ondes et dans les journaux. Des spécialistes de tout et de rien se relaient pour décrire avec des trémolos dans la voix l'angoisse du grand patron incapable de trouver le sommeil à l'idée de créer un emploi sans l'assurance de pouvoir le supprimer aussi sec en cas de retournement conjoncturel. Mine de rien, c'est un vrai drame humain.

Des pros de la communication ont donc imaginé ce raisonnement génial selon lequel pour éviter un futur regrettable (le licenciement), le mieux est de le faciliter dès aujourd'hui. On oublie au passage toutes les réformes accumulées au fil des ans pour flexibiliser et précariser le monde du travail au nom de la lutte contre un chômage qui ne baisse pas (ou très peu). Faute de s'interroger sur ce raté général, on suggère d aller encore plus vite et plus loin, comme si l'insécurité sociale était devenue un gage d'épanouissement individuel et collectif.

La France a mis en œuvre une centaine de réformes relatives au travail depuis le début des années 2000. Durant cette période, l'intérim a explosé, de même que les CDD, les stages et toutes les formes de jobs au rabais. Résultat : le drapeau de la défaite flotte sur le front de l'emploi. Voilà qui devrait amener pour le moins à s'interroger sur la stratégie proposée, aussi efficace que la ligne Maginot de 1940.

En vérité, l'emploi dépend moins du code du travail que de l'activité économique du pays. Or, cette dernière est en rade. Les carnets de commandes des entreprises sont vides, faute d'une croissance permettant de lancer des projets à long terme, et donc de s'en donner les moyens, humains et financiers. Les multinationales ont le nez fixé sur la ligne bleue de l'étranger, rêvant de délocalisations dans des lieux exotiques où la main-d'œuvre est peu onéreuse et la législation fiscale, peu sourcilleuse. Quant aux petites et moyennes entreprises, elles sont étranglées par les banques qui ne veulent prendre aucun risque et par les cadors du CAC 40 qui leur font payer les pots cassés.

Plutôt que de voir cette réalité en face afin d'y apporter les réponses idoines (notamment pour les PME), les docteurs de l'Eglise néolibérale ramènent tout à un seul sujet : le « coût du travail », lequel devrait être absolument réduit pour supporter la concurrence de pays comme la Chine, la Pologne ou la Slovaquie. Tout le reste - la financiarisation croissante, le diktat des banques, le racket des actionnaires - est passé par pertes et profits. Résultat : la pression sur les salaires étouffe une consommation faiblarde, assèche les rentrées fiscales et nourrit le déficit des comptes publics. Cela s'appelle un cercle vicieux.

 Mais rien n'y fait : qu'ils se réclament de la droite décomplexée ou de la macronie jupitérienne, les idéologues du marché développent les mêmes thèses, les mêmes raisonnements, les mêmes dogmes, qui font du travail et de ses droits la cause du blocage français.

 Ainsi, dans le Figaro, l'économiste Gilbert Cette, qui fut pro-Hollane en 2012 et pro-macron en 2017, chante-t-il une ode à la réforme portée sur les fonts baptismaux par Muriel Pénicaud. Nul ne s'en étonnera vu que le sus-nommé, en 2015, a été l'auteur avec l'avocat Jacques Barthélémy d'un rapport rédigé à la demande de la fondation Terre Nova, intitulé "Réformer le droit du travail". Ce dernier constitue le bréviaire néolibéral de référence et il nourrit aujourd'hui le sempiternel discours sur la nécessaire "réforme structurelle" du marché, même si Gilbert Cette confie au passage qu""elle ne raménera pas à elle seule le plein emploi". A l'en croire, il faudrait y adjoindre de nouveaux prébendes fiscaux pour les plus riches, toujours sous prétexte de stimuler la sacro-sainte compétitivité comme si les milliards de fonds bublics jetés dans le trou sans fond du CICE n'étaient pas la démonstration éclatante (et onéreuse) de l'inanité d'une telle médication.

En fait, les gourous du néolibéralisme sont aussi aveugles que les staliniens d'antan. Ces derniers ne juraient que par la nationalisation et la planification. Leurs successeurs défilent en vantant la privatisation, la déréglementation et la flexibilisation, comme si le modèle Uber était le nouvel horizon universel. Charles Péguy disait : "il y a pire que d'avoir une mauvaise pensée, c'est d'avoir une pensée toute faite". nous vivons le temps des pensées toutes faites.

 

Loi travail "bis" : la méthode et le contenu

Les récentes consultations des syndicats sur la "loi travail bis" sont une honteuse comédie : contrairement à ce qu'affirme Médiapart, la loi Larcher obligeant à un débat avec les syndicats n'est pas juridiquement respectée. La loi prévoit qu'à l'appui de ce débat, qu'une "feuille de route" complète et exhaustive soit fournie par le Gouvernement. La démocratie, tant sociale que politique, ne peut exister si l'information n'est pas complète et sincère. Or cette "symétrie de l'information" n'existe pas : ce sont les fuites de la presse qui apportent aux centrales syndicales des compléments d'information et - plus grave encore - les électeurs ont voté sans connaître l'intégralité des intentions du Gouvernement en matière de code du travail. Par contre, nous pouvons raisonnablement supposer que les organisations patronales sont parfaitement au courant des intentions du nouveau Pouvoir.

A l'appui de cette volonté d'opacité, Libération publie l'intégralité du document préparé par le gouvernement... et fait immédiatement l'objet d'une plainte de la part d'une ministre du travail qui aurait bien voulu que ces informations restent secrètes. Cette dernière s'attire ainsi une réplique cinglante de Laurent Joffrin qui affirme : "Madame Pénicaud, l'obligation d'informer n'est pas un délit"  et lui rappelle qu'elle est maintenant ministre du travail et plus DRH chez Danone.

Dans le même temps, le Parisien vent lui aussi la mêche, en dévoilant, en marge de l'information donnée jusqu'à présent aux syndicats, des aspects de la nouvelle loi en préparation qui tendent à la primauté de l'accord d'entreprise sur tout autre niveau de négociation dans des domaines jusqu'ici épargnés : procédures de licenciement aujourd'hui prévues par la loi modifées par accord d'entreprise, définition préalable des motifs de licenciement négociée entreprise par entreprise, définition du travail de nuit, tout cela serait dévolu aux accords d'entreprise qui pourraient être moins-disants que la loi. Dans un domaine aussi crucial que la sécurité et la santé au travail, on voit bien là l'aberration de confier à des non-spécialistes le pouvoir de négocier la protection des salariés : en effet, ce sont des pans entiers de la loi qui tomberaient au profit des accords d'entreprise : modalités du droit d'alerte et du droit de retrait, protection des salariés de moins de 16 ans, obligations en terme d'équipement etc. Même la négociation sur les salaires pourrait déroger aux accords de branches. Ce qu'on nous prépare, c'est la fin de la loi et des conventions collectives. On voir donc bien que ces nouvelles dispositions dépassent de très loin celles initialement prévues et discutées avec les syndicats.

Il y a un autre point qui n'a jamais fait l'objet d'une dicussion approfondie, c'est celui de la pertinence de ces réformes : en effet, les avis des économistes divergent sur le lien de causalité entre un code du travail jugé trop lourd et trop contraignant et la persistance du chômage de masse. Une vidéo publiée par le magazine "Alterrnatives économiques" doumente le sujet : d'abord en rappelant l'alternative posée par le débat : est-ce réellement un code du travail pléthorique qui génère la peur d'embaucher - comme le prétendent les économistes néolibéraux - ou bien les causes du chômage sont-elles autres - comme le disent les économistes hétérodoxes qui soulignent "qu'une entreprise n'embauche que si elle a de bonnes raisons de le faire, par exemple un carnet de commandes bien rempli". Une simple constatation plaide en faveur des seconds : jusque dans les années 70, le code du travail était beaucoup plus protecteur que maintenant et les fluctuations du chçomage ne dépassaient pas le taux de 5%. , A partir de 1975, le chômage n'est jamais descendu au dessous de 7%, malgré une dérégulation incessante du marché du travail : durcissement des conditions d'accès au chômage, allègements répétés des charges et de la fiscalité des entreprises, qui a cumulé avec le CICE, multiplication, à côté du CDI, des types de contrats à durée déterminée et apparition de l'intérim. Ce sont aussi ces dispositions qui ont conrtibué, à la demande du Patronat, à engraisser le code du travail et il y a donc aujourd'hui une certaine mauvaise foi - pour ne pas dire une mauvaise foi certaine - à en faire le bouc émissaire de tous les déboires des entreprises. A l"appui de leur thèse, les néo-libéraux citent l'exemple de pays (Royaume-Uni et Allemagne et particulier) qui ont fléxibilisé à outrance leur code du travail pour obtenir des taux de chômage défiant toute concurrence. C'est oublier l'existence des contrats zéro heure en Grande Bretagne et des mini-jobs en Allemagne, qui n'ont pour seule finalité demasquer artificiellement le véritable taux de chômage. Les taux de chômage officiels ne peuvent être comparés d'un pays à l'autre et vouloir le faire relève de l'imposture. C'est aussi oublier la proportion de travailleurs pauvres qui sévit dans ces deux pays : respectivement 22% en Allemagne et 21% au Royaume-Uni selon une statistique d'Eurostat. Au bout du compte, les zélateurs de ce modèle ne s'étonneront pas de voir notre jeunesse la plus qualifiée fuir le cloaque que nous préparent Macron et ses réformes pour faire profiter de leurs compétences les Etats-Unis ou le Canada.

Il y a donc véritablement, sur la forme comme sur le fond, matière à débat, mais celui-cin'aura pas lieu, du fait de la méthode employée qui aggrave le déficit démocratique dans des proportions inédites : encore pire que le 49-3, les ordonnances : le Gouvernement va d'abord demander au parlement d'approuver la méthode, c'est à dire renoncer au débat parlementaire pour permettre l'adoption de mesures rapides, avec l'adoption d'un calendrier qui ne laisse place ni à la réflexion, ni au débat. Ainsi, cette nouvelle "loi travail" passera sur la base d'une information partielle et sans même que le parlement puisse en discuter. Si la majorité parlementaire renonce a ses prérogatives de pouvoir législatif et accepte cette procédure, elle aura fait, de façon éclatante, la preuve qu'elle est encore plus "godillot" que celle qu'elle vient de remplacer, car sous le pouvoir socialiste, il y avait au moins les frondeurs, même si on peut leur reprocher de n'être pas allés jusqu'au bout de leur démarche.

 

 




 

 

 

D'une turpitude à l'autre, Fillon poursuit son chemin électoral. Sa fille elle-même paufine son image peu flatteuse de radin invétéré en révélant  avoir versé à son père 30000 euro pour couvrir les frais de son mariage. Ce n'est pas illégal, mais cela est révélateur du personnage !
Puis vient la séquence "my tailor is rich" : dans le domaine du "bling-bling", Fillon a dépassé son maître Sarkozy, en se payant - ou plutôt en se faisant payer - des costumes sur mesure à 7000 euro la pièce, offert par un de ses "amis" avocat, Maître Robert Burgi qui, après avoir nié être l'auteur de ce "cadeau", a dû le reconnaitre devant l'afflux des preuves apportées par l'enquête; Cela lui vaut un réquisitoire supplétif pour trafic d'influence.
Le 14 mars dernier, Médiapart révèle les eaux troubles de la société 2F conseil, fondée par François Fillon quelques jours avant une élection où il se présentait (car, une fois élu, il n'aurait pas pu le faire) : il "conseille" d'abord la société d'assurance AXA pour un montant total d'honoraires de 200000 euro, dans le cadre de missions censées "ouvrir des portes à Berlin et à Bruxelles". En clair, du lobbying, qui évoque un conflit d'intérêts similaire à celui de Barroso, pour lequel la défense est "mais tout ceci était légal". Assurément,de quoi intéresser le déontologue de l'Assemblée Nationale. En grattant encore un peu plus, on tombe sur les "relations d'affaires" entre 2F conseil et la société FPI et son propriétaire, le milliardaire Fouad Makhzoumi, dont les "relations d'affaires" avec le ministre de la défense britannique ont conduit ce dernier en prison. Pour toute réponse, monsieur Fillon plaide la légalité, mais pas l'éthique : il y a deux proverbes étrangers qu'il devrait méditer, l'un anglais (Pour souper avec le diable, il faut une longue cuiller) et l'autre allemand (Qui se couche avec les chiens se réveille avec des puces)
Et la liste des casseroles s'allonge, car, cerise sur le gâteau, un complément d'enquête est maintenant requis sous les motifs escroquerie aggravée et faux et usage de faux : en effet, les enquêteurs ont récemment saisi à l'Assemblée Nationale un état des heures travaillées par Penelope et signées par celle-ci. Ces documents étant passés inaperçus lors d'une précédente perquisition, ils se demandent maintenant s'il ne s'agit pas tout simplement de fausses déclarations établies à postériori. Voilà le profil peu reluisant du candidat à qui les républicains espèrent voir accorder par les électeurs une immunité présidentielle de cinq ans !

Si ses démélés avec la justice sont moins spectaculaires que ceux de Fillon, ils n'en jètent  pas moins lourdement le discrédit sur le parti qui lave plus blanc que "l'UMPS": Marianne titre, dans son dernier numéro : "Comment le Clan le Pen se gave d'argent public". Ce sont trois affaires qui menacent immédiatement la campagne de Marine le Pen (MLP), la cantatrice du "tous pourris".
Le patrimoine sous-évalué des le Pen père et fille, visé par une enquête préliminaire ouverte au début de 2016 : il ne s'agit, pour l'instant, que d'une suspicion. Si cette évaluation mensongère devait être avérée, MLP serait passible de trois ans de prison et de 45000 euro d'amende. La peine encourue par son père serait encore plus sévère.
Le financement des campagnes électorales de 2011 à 2015 fait l'objet de trois enquêtes préliminaires différentes : 
Une enquête, ouverte en 2012, qui implique le micro-parti "Jeanne" de MLP et deux de ses dirigeants, qui ont été mis en examen. La présidente du Front National a, pour sa part été entendue comme témoin assistée, mais n'a pas été mise en examen, tenue, contre toute vraisemblance, dans l'ignorance du mécanisme présumé de financement aux détriments des deniers publics (décrit dans la figure ci-contre).
Les emplois fictifs d'attachés parlementaires : Ce n'est pas moins de 20 assistants parlementaires du FN qui sont dans le collimateur de l'OLAF (Office Européen de Lutte Antifraude) pour suspicion d'emplois fictifs au parlement européen : en fait, MLP, à laquelle il est demandé à titre individuel le remboursement des salaires versés à deux de ses "assistants" qui étaient en réalité employés par le Front National. Ce serait un total de 7,5 millions d'euro qui serait ainsi passé dans l'escarcelle du Front National. Ces faits font également l'objet d'une enquête judiciaire en France pour financement illégal de parti. Cette enquête pourrait aboutir à une mise en examen pour abus de confiance, recel d'abus de confiance, escroquerie en bande organisée, faux et usage de faux. Mais c'est presque tous les partis qui pourraient faire l'objet d'une telle procédure et pour les mêmes raisons.
MLP pourrait également se retrouver devant les tribunaux pour escroquerie à l'URSSAFF : Une accusation de travail dissimulé la vise également pour l'emploi au noir de son chauffeur, sur plainte de l'intéressé. Pour une candidate qui prétend réduire le déficit budgétaire en luttant contre la fraude, ça ne manque pas de sel !
Pour en finir avec cette longue liste de crapuleries qui montre bien que le FN n'est qu'un panier de crabes comme les autres, rappelons que l'immunité parlementaire de MLP a été levée. Non pas pour les faits qui ont été évoqués, malheureusement, mais pour un autre qui n'a rien à voir : la publication d'images violentes et, notamment, de la décapitation par DAECH d'un journaliste américain. Ce fait, qui instrumentalise honteusement la mort de ce journaliste, pourrait lui valoir trois ans de prison et 75000 euro d'amende. Et là, elle sera obligée de se rendre aux convocations de la justice, puisqu'elle n'est plus protégée.

Nous passerons sur une affaire "Fillon bis", celle de Bruno Leroux appointant ses filles mineures comme assistantes parlementaires. Lui, au moins, a eu le bon goût de démissionner, mais ne fait pas moins l'objet d'une instruction du Parquet Financier.

Car plus encore que les cas Cahuzac, Leroux, Dassault, Balkany, etc., ce qui apparaît comme un symptôme de la pourriture de cette république, c'est le fait que deux candidats à la présidentielle sur lesquels portent des suspicions aussi lourdes puissent remettre en cause l'institution judiciaire et prétendre à la magistrature suprême.

Et pourtant, si on veut enfin assainir les écuries d'Augias et moraliser la vie politique, quatre mesures pourraient être gravées dans le marbre de la constitution, même si elles ne sont pas toutes simples à mettre en oeuvre.
- Abolir les immunités des élus - y compris le Président de la République - pour tout fait relevant du droit commun. Il ne s'agit pas là, comme le prétend Fillon, d'une entorse à la séparation des pouvoir. C'est la situation actuelle qui en est une, en permettant aux élus de narguer la justice. Si cette mesure avait été mise en oeuvre, Chirac n'aurait pas pu narguer la justice pendant cinq ans et Sarkozy aurait été mis en examen plus tôt.
- Instituer une mesure "d'inégibilité préventive", qui interdirait à tout citoyen mis en examen de se présenter à une élection, quelle qu'elle soit, jusqu'au moment où la justice aurait rendu une ordonnance de non-lieu.
- Que toute peine d'inégibilité prononcée par un tribunal pour des faits liés à l'exercice d'un mandat le soit à vie :  un élu condamné pour des faits liés à l'abus de sa position ne mérite plus qu'on lui fasse confiance. S'il en avait été ainsi dans le passé, on ne compte pas le nombre d'hommes politiques qui auraient été hors course. Aujourd'hui, Juppé n'aurait pas pu se présenter aux primaires et les Balkany et Dassault ne pourraient plus se présenter à une élection.
- Institutionnaliser l'obligation d'un casier judiciaire vierge pour pouvoir se présenter à une élection.

Ces mesures ne pourront être adoptées que si une VIeme république vient à remplacer cette Veme monarchique et à bout de souffle. Un seul candidat le propose. A chaque électeur d'en tirer les conséquences.